Epilogue

 

"- Houm ! Houm ! Mon cher Astaphylgon, j'ai entendu bien des rumeurs concernant votre science, mais je crois que personne ne se doute réellement de l'étendue de vos pouvoirs. Nous pouvons remercier les Elfes de vous avoir choisi. Ils ne pouvaient trouver meilleure personne, tant en bonté, en connaissance des choses de la nature, en sagesse et en érudition, que vous Maître Caulet. Vous voici, donc, élevé au rang de Grand Sage; et de ce fait, avoir siège au Haut Conseil du Petit Peuple. Il me faudra vous entretenir de certaines affaires d'importance, qu'il serait souhaitable de mettre à l'ordre du jour de votre prochaine assemblée, telle cette limitation du nombre des stridences du chant des criquets. Je trouve intolérable d'empêcher ces criquets de chanter comme bon leur semble, sous prétexte que leur vibrations font éclore les oeufs de grenouilles avec trois jours d'avance sur le calendrier prévu !

Mais peut-être notre ami Tournechanson est-il désireux de s'en retourner chez lui ?"

Je ne savais ce dont j'étais désireux. Pris par le récit, il me semblait en avoir été l'un des protagonistes. Je n'avais plus aucune notion de temps ni d'espace. J'avais simplement l'impression, que cette colline était une infime partie d'une immense cathédrale, au sein de laquelle les Sages du Haut Conseil veillaient à la beauté, à l'harmonie et à la cohérence du monde, et qu'il fallait que chacun de nous les assiste dans cette noble tâche.

Le lutin lisait-il dans mes pensées ?
Il me regardait en souriant avec une tendre affection et me dit:

"Mon cher compagnon, notre rencontre est un bien heureux non-hasard. Nous sommes désormais appelés à nous revoir souvent, pour ma plus grande joie et la vôtre aussi, j'espère; et, si quelque jour vous avez besoin, demandez à Sombrefeuille; il sait me joindre en tous lieux, à tous moments.

Ah, j'ai failli ne plus y penser : n'oubliez pas votre panier; toutes les fleurs auxquelles vous pensiez, y sont venues d'elles même. Et prenez également ceci, dit-il en me tendant une petite bourse qu'il avait sorti de sa besace, ce sont des graines qui vous permettront de fleurir votre logis.

A vous revoir bientôt, ami !"

Et sur un dernier clin d'œil, il disparut en chantant.

"A bientôt, Maître Caulet, et mes amitiés à Émilienne", hurlai-je.

Puis je saluai Sombrefeuille en lui promettant proche visite, et je repris le chemin du village.

J'ai donné les graines à Ariënne; elle les a semées, et depuis, nous avons toujours de magnifiques fleurs, qu'elle soigne avec attention, en attendant la visite d'Astaphylgon. D'ailleurs, si par bonheur vous passez par chez nous, vous le constaterez par vous-même et vous aurez ainsi une preuve que ce récit est tout ce qu'il y a de plus véridique.

Et si certains d'entre vous sont encore sceptiques, il suffit d'interroger quelques chasseurs de la région; car lors d'une visite à Sombrefeuille, un de ces derniers jours, celui-ci m'a dit que les sangliers vivaient tous en paix et qu'ils s'étaient organisés pour cohabiter en bonne intelligence et se garder des chasseurs et des braconniers. Ils ne comprennent pas pourquoi le gibier a disparu.
Nous, nous le savons, mais "chut", c'est notre secret.

 

Camps d'Agly, le 30 septembre 1999

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© Jef Madeuf - Didier Allain Septembre 1999

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